Numéro 20 - Septembre/octobre 2010


Sommaire
• Le Miracle des emplois verts n'aura pas lieu, Aurélien Bernier, Secrétaire nat. du M'PEP >>> Lire l'article >>>
 
• Paradis fiscaux : l'illusion de la solution technique, Alain Deneault, Philosophe >>> Lire l'article >>>
 
• La gratuité contre les eaux tièdes du réformisme, Alain Accardo, Sociologue >>> Lire l'article >>>
 
• La conception Sarkoziste du travail social, Raymond Curie, Sociologue >>> Lire l'article >>>
 
• Crise de l'euro et grand marché transatlantique, Jean-Claude Payé, Sociologue >>> Lire l'article >>>
 
• Le capitalisme vert sur les rails de la grande vitesse, Jean-Paul Damaggio, >>> Lire l'article >>>
 
• Quand les monnaies ne sont pas vraiment du fric, Michel Lepesant, Objecteur de croissance >>> Lire l'article >>>
 
• L'oximore de la politique : écologie et paranormal, Laurent Paillard, Politiste >>> Lire l'article >>>
 
• La " science économique", de la religion au fondamentalisme, Gilbert Rist, Economiste >>> Lire l'article >>>
 
• C'est celui qui le dit qui y est : de l'incivilité mineure de toute majorité, Alain Jugnon, Philosophe >>> Lire l'article >>>
 
• Avec la révolution bolivarienne au Venezuela, Rémy Herrera, Economiste >>> Lire l'article >>>
 
• Avoir ou être, il faut choisir. La leçon de Marguerite Yourcenar, Michèle Goslar, Essayiste >>> Lire l'article >>>
 
• Le coin des sophistes - *20, Laurent Paillard, >>> Lire l'article >>>
 
• Que reste-t-il des cultures populaires et rurales?, Nicolas Renahy, Sociologue >>> Lire l'article >>>
 
• L'autonomie comme alternative individuelle et collective, Bernard Farinelli, Essayiste >>> Lire l'article >>>
 
• Le petit baron du sarkozysme, Yann Fiévet, Président d'action consommation >>> Lire l'article >>>
 


Éditorial

Tous avec Eva, sauf moi
Les révolutions ont réussi au XXe siècle en tant que renversement d’un ordre ancien, mais ont échoué en tant que mouvement d’émancipation collective. Toutes les familles du socialisme sont aujourd’hui en berne car elles peinent à inventer une nouvelle alternative. Cet échec conduit toute une partie des gauches à refuser de se dire anticapitalistes et de combattre le libéralisme économique. L’Université d’été des Verts-Europe Écologie a été l’occasion de montrer que le débat sur les orientations politiques reste occulté par les succès électoraux. Selon Rue 89, nos thèses en faveur d’une convergence des écologistes antilibéraux et des gauches antiproductivistes ont été à égalité à l’applaudimètre avec celles de Corinne Lepage, ancienne ministre de Chirac, récemment démissionnaire du Modem et fraîchement ralliée à Cohn-Bendit. Cela en dit long sur l’unité de la mouvance écologiste et donc sur son devenir. Europe-Écologie ne cesse de perdre sa gauche et de gagner sur sa droite… Seize dirigeants du Modem viennent d’annoncer leur décision de rejoindre Europe Écologie pour faire triompher la « conversion écologique de la France et de l’Europe » tout en soutenant le capitalisme, pardon, « l’économie de marché ». Ils auraient tort de se gêner, puisque Cohn-Bendit a si bien expliqué à la tribune que l’écologie n’avait rien à voir avec l’anticapitalisme (sic).
Selon Dany-l’orange nos idées seraient des « slogans qui ont une barbe incroyable » (sic). Nos thèses ont en effet la mémoire beaucoup plus longue que celle de l’écolo-centrisme : nous nous souvenons d’une autre gauche, d’une autre écologie.
On voudrait aujourd’hui nous imposer une nouvelle Union sacrée pour sauver la planète. Il serait possible de s’entendre entre personnes de bonne volonté. Il serait possible d’oublier nos frontières de classes, nos valeurs pour promouvoir un néo-capitalisme socialement et écologiquement moralisé. Cette idée que le combat se gagnerait au centre, c’est-à-dire à droite, sera fatale aux plus pauvres et retardera le choix des bonnes questions. Face à Europe Écologie qui s’apprête à rejouer le scénario élaboré par Ségolène Royal en 2007, chantre de « l’ordre juste », grande prêtresse de la pureté, nous devons dire haut et fort qu’il ne s’agit pas aujourd’hui pour l’écologie politique de laver plus blanc, mais plus vert et plus rouge. Si José Bové a raison de dire qu’« Eva Joly incarne Europe Écologie», alors il est à craindre que cette épiphanie ne soit trop parisienne et surtout ne soit pas celle espérée. Ce n’est pas en effet de cette écologie-là dont nous avons besoin. Ce que je reproche à Eva Joly ce n’est pas d’avoir côtoyé le Modem de Bayrou, ce n’est même pas d’être une écologiste de fraîche date, c’est de donner de l’écologie et de la gauche un visage qui est celui de l’ascétisme ! Ce dont nous avons besoin c’est d’une vraie gauche écologiste qui soit du côté du vivant, d’une gauche écologiste qui ne se défende pas, mais rayonne.
Face à l’amoralité du capitalisme et à l’impasse de tout productivisme, ce dont nous avons besoin ce n’est pas tant de justiciers ou de technocrates avides d’investissements « verts », de technologies « propres ». Ce dont nous avons besoin, c’est de partage, de gratuité, de don, de luttes, de renouer avec les formes de résistance qu’inventent les plus pauvres. Je choisis contre l’écologie parisienne et bien pensante, celle qui se bricole, au quotidien, pour faire face à la barbarie économique et redonner du sens à l’existence. Il faut, face au pessimisme et à la culpabilisation des pauvres, faire le pari qu’il subsiste d’autres façons d’être au monde, d’autres façons d’être à soi. Il faut faire le pari de l’autochtonie, la débusquer, la visiter, la mutualiser.
Paul Ariès