Numéro 25 - Juillet/août 2011


Sommaire
• Jean-Luc Mélenchon: un candidat qui soigne sa gauche!, Jean-Luc Mélanchon, Candidat du Front de Gauche aux élections présidentielles,Coprésident du Parti de gauche >>> Lire l'article >>>
 


Éditorial

Bonne nouvelle
L’éclatement des milieux de la décroissance entre, d’une part, un quarteron de partisans du « ni droite ni gauche » et quelques adeptes honteux d’une décroissance de droite (si ce n’est d’une droite catho) et, d’autre part, l’immense majorité des objecteurs de croissance issus des différentes familles des gauches antiproductivistes a déjà des conséquences heureuses.
Elle a permis de constater une réelle convergence lors du premier Conseil scientifique d’ATTAC consacré à la décroissance depuis la fondation de ce mouvement (réunion du 25 juin 2011). Plus personne au sein d’ATTAC n’attend une solution d’un surcroît de croissance ou d’une accélération de la société, ni ne mise sur la technoscience pour résoudre les problèmes sociaux et écologiques, beaucoup se réjouissent des clarifications politiques. C’est tout le mouvement altermondialiste qui doit se réjouir de cette bonne nouvelle marquant une volonté commune de construire un nouveau socialisme, d’inventer de nouveaux fronts de lutte et des façons plus « positives » de combattre, face à la dangerosité du capitalisme vert et de ceux qui le servent – même à gauche.
Des décisions ont déjà été prises au niveau du conseil scientifique d’ATTAC pour rendre publiques et étendre ces convergences.
Tout le monde y a mis du sien, de part et d’autre, et Le Sarkophage ne peut que s’en féliciter, puisque nous n’avons eu de cesse depuis 2007 d’ouvrir nos colonnes à nos camarades d’ATTAC, dont la ligne politique, pas plus que celle de la décroissance, ne formerait un dogme à adopter en bloc. Cela tombe bien puisque l’objection de croissance que nous aimons est d’abord du côté du questionnement. Elle rime avec décroyance, c’est-à-dire avec une pensée qui ne gèle pas en doxa.
La décroissance (comme toute chose) pourrait déboucher sur le pire comme sur le meilleur. Le pire serait qu’elle soit revisitée par l’extrême droite, ou le Medef, le pire serait aussi une décroissance du « ni gauche ni droite », donc de droite, au service des forces réactionnaires, notamment religieuses.
Le compromis entre les différentes familles d’Objecteurs de Croissance (OC) a été un choix, fondé sur la conviction que les OC des gauches étaient trop faibles pour peser efficacement et durablement sur les courants productivistes des gauches et de l’écologie politique, mais qu’ils étaient assez forts au sein des milieux de la décroissance pour que leurs thèses l’emportent dans les réseaux militants. Ce compromis n’était possible que tant que les courants droitistes reconnaissaient être minoritaires et acceptaient de relayer les positions majoritaires, en faveur par exemple de la gratuité.
Ce compromis difficile a été rompu depuis quelques mois parce qu’il ne permet pas de construire un projet.
Cet éclatement de la décroissance est donc une bonne chose puisqu’il correspond à ce que je n’oserais qualifier de crise de croissance… mais de maturité politique, de capacité à créer du réel.
Non, le système ne s’effondrera pas de lui-même en raison d’une panne sèche (version énergétique d’une vision malthusienne droitiste) et trouvera encore de quoi nous pourrir la vie pendant longtemps avec ce que Geneviève Azam nomme la malédiction des gaz de schiste. Non, la planète ne manque pas d’eau potable ni d’aliments, mais souffre d’un scandale politique. La décroissance est tout, sauf un appel à ce que chacun consomme moins, dans la mesure où elle possède un contenu de classe.
Cette crise s’est produite sur la question du revenu garanti. Les courants droitistes jugeant que la gratuité va tuer la décroissance, les courants issus des gauches estimant que sans l’extension de la sphère de la gratuité du bon usage, à la fois réponse à l’urgence sociale, mais aussi début d’une «déséconomisation » rampante, la décroissance ne pourrait rimer qu’avec l’austérité et ne serait jamais capable de susciter le désir.
Je me félicite du rapprochement rendu possible avec le conseil scientifique d’ATTAC et aussi avec, par exemple, les amis de Pierre Rabhi. Il y a urgence à construire les transitions qui permettront de sortir du cercle infernal du productivisme et du consumérisme… Il ne suffit pas en effet de sauter comme un cabri en répétant « décroissance, décroissance, décroissance » pour changer la vie ! Oui, il est possible de changer ce monde en suscitant le désir, mais nous devons pour cela camper sur le versant positif de la critique. Nous pourrons gagner ce combat si nous travaillons à construire des convergences dans la clarté politique.
Oui, il y a urgence à converger, mais pas avec les droites molles ou extrêmes, car, comme je l’ai déclaré au nom du Sarkophage, lors du colloque « Quel droit après la révolution citoyenne? » (organisé par le Parti de gauche à l’Assemblée nationale), il y a urgence à opposer la notion de justice écologique à celle de « juste adaptation » que le pouvoir veut imposer d’ici 2012.
Je lance donc un appel pour que les candidats antiproductivistes de gauche montrent qu’en France aussi la couleur de la peau et la taille du porte-monnaie sont les principaux indicateurs d’implantation des sites dangereux et des pollutions multiples, mais aussi du volume et de la nature des actions engagées pour les traiter.
Polluer les pauvres est toujours moins sanctionné par la justice de classe! Supprimer les sites dangereux peut toujours attendre! Que faire de nos couloirs de la chimie? Comment les décontaminer? Cessons de retarder la seule décision possible: « non-extraction des ressources dangereuses » (comme les gaz de schiste) et « fermeture des sites industriels » les plus dangereux, voilà deux priorités. La justice écologique, c’est donner davantage aux pays pauvres qu’aux pays riches, c’est reconnaître que notre dette écologique est bien supérieure à leur soi-disant dette financière, c’est donner aussi bien davantage aux pauvres des pays riches qu’aux riches des pays pauvres, et, bien sur à nos propres riches.
Paul Ariès