Numéro 26 - Septembre/octobre 2011


Sommaire


Éditorial

Eloge de la désobéissance
Cette rentrée sociale est marquée par l’aggravation de la crise du système. Nous appelons nos lecteurs à se mobiliser contre toute politique de « rilance » c’est-à-dire ce mélange de rigueur et de relance, selon la formule de Christine Lagarde, alors ministre de Sarkozy et pas encore chargée par les puissances financières de conduire la même politique que le « socialiste » DSK à la tête du FMI.
Nous refusons l’austérité imposée aux peuples, car pour nous la rigueur de gauche n’est pas plus acceptable que celle de droite ! Nous savons déjà à quelle politique les peuples seraient soumis avec la réélection de Sarkozy et probablement avec celle d’Aubry ou Hollande.
Nous refusons aussi toute idée de relance économique, car davantage de croissance est tout simplement impossible sur le plan écologique. Nous ne disons surtout pas que droite et gauche s’équivalent, car si parler d’une vraie gauche par opposition aux sociaux-libéraux renvoie toujours du côté de l’émancipation des peuples et des individus, parler d’une vraie droite renvoie immanquablement du côté du F-Haine. Nous ne pourrons échapper aux deux mâchoires de ce piège que nous tendent les gérants, de droite comme de gauche, du système capitaliste et productiviste que si nous parvenons à mobiliser tous ceux qui ont tout à perdre à la poursuite des politiques actuelles. Nous ne pourrons y parvenir que si nous savons entendre ce nouveau projet qui se cherche derrière une pluralité de termes très proches comme le Buen Vivir, la vie bonne, la vie pleine, la sobriété joyeuse, le convivialisme, le socialisme de la décroissance, le socialisme gourmand, les Jours heureux, etc. Nous ne pourrons y parvenir que si nous préférons la gauche maquisarde à la gauche buissonnière, le faire sécession au faire carrière, la construction d’un autre monde à l’attente du grand soir. Les exclus sont bien à leur place dans cet univers capitaliste qui multiplie les « sans » (emploi, logement, papiers, etc.). Nous ne croyons plus à la possibilité d’intégrer les exclus dans cet univers de la marchandise, qui ne fait plus société ni monde. Nous souhaitons bien davantage arracher au politique les moyens de vivre autrement en inventant mille et une alternatives concrètes. Nous préférons chanter au présent que croire aux lendemains qui chantent. Nous savons que pour cela nous devrons souvent désobéir face à des lois injustes, face à une hiérarchie des normes juridiques inversée. Nous n’avons pas encore assez conscience de ce qu’apportera de neuf cette conception nouvelle d’un éco-socialisme ou éco- communisme du Bien Vivre, comme nous sous-estimons trop les nouvelles façons de faire de la politique.
Le Sarkophage a été aux côtés des Indignés comme il a été aux côtés des faucheurs d’OGM, des déboulonneurs antipub, de ceux qui réquisitionnent les logements vides, de ceux qui cachent les sans-papiers, de ceux qui refusent le flicage (télé- surveillance, ADN, etc.), des salariés désobéisseurs. Nous l’avons dit cet été lors du Festival d’Emmaüs-Lescar-Pau et lors de l’InterSel 2011, la crise économique et sociale nous place devant des responsabilités nouvelles, celle d’offrir des lieux de vie alternatifs aux exclus et aux déçus du système, celle de rendre leur dignité aux gens modestes. La gauche doit redevenir rebelle pour redevenir vivante. Françoise Proust, en présentant l’assise philosophique du concept de résistance (De la résistance, Cerf, 1997), a bien vu en quoi cette notion permet de réagencer, autour de l’idée d’une « politique vive », ce qui se trouve en déperdition du côté de la politique parlementaire et des formes d’institutionnalisation mises en place par celle-ci (le syndicalisme actuel dans ses formes majoritaires, mais aussi les ONG complices du système). Nous devons donc penser une politique qui ne s’accomplisse aux conditions de l’État pour en finir avec la politique hors-sol, cette politique sans le peuple.
La désobéissance constitue l’un des modes opératoires de ce passage d’une politique pensée en termes molaires et centralisée à une politique moléculaire et vive, ce qu’Alain Brossat nomme une politique de diffraction de flux de résistance. Amis lecteurs, nous vous donnons rendez-vous le 8 octobre à Grigny (Rhône) pour fêter la désobéissance individuelle, collective, institutionnelle. Ce sera notre rentrée, à nous, les indignés, les invisibles, les antiproductivistes des gauches.
Paul Ariès