Numéro 30 - Mai/juin 2012


Sommaire
• La famine, un scandale politique, pas une pénurie. Entretien avec Jean Ziegler, Jean Ziegler, >>> Lire l'article >>>
 


Éditorial

Construire la gauche antiproductiviste, maintenant
Le mandat collectif du Sarkophage depuis le 14 juillet 2007 est à moitié rempli : nous avons contribué à sortir le sortant, sans jamais rien céder sur l’essentiel. Notre conviction que la victoire de Sarkozy en 2007 était d’abord la conséquence d’une gauche défaite, incapable de marier le rouge et le vert. Sarkozy a été battu. Nous n’en avons cependant pas encore fini avec le sarkozysme de droite ou de gauche. Sarkozysme de droite ? Prenons garde aux élections législatives : rien ne garantit que la droite, libérée de Sarkozy, que cette droite qui s’extrême-droitise à l’infini ne puisse pas remporter les  élections législatives, même si le discrédit porté sur les forces du mépris est profond… Sarkozysme de gauche ? Le programme de Hollande ne nous convainc pas. Il reste celui de cette « gauche placebo » dont parlait Benoît Hamon, il est celui de cette gauche qui choisit le productivisme contre le Bien- vivre, les classes moyennes contre les milieux populaires, le libéralisme contre le socialisme. Non, François Hollande ne sera pas le président des pauvres après le président des riches ! La France n’en a pas fini avec les puissances de l’argent. L’autre moitié de notre raison d’être reste donc plus que jamais d’actualité : contribuer à faire naître une nouvelle gauche, une gauche antiproductiviste, une gauche du Bien-vivre, une gauche assumant son désir de socialisme gourmand. Nous entamons donc ce deuxième quinquennat avec un bel optimisme. Oui, quelque chose s’est produit dans la campagne du Front de gauche et a contribué à sa victoire, quelque chose qui peut laisser penser que nos idées antiproductivistes bénéficient désormais d’un vent beaucoup plus favorable. Jamais dans l’histoire politique française et européenne, un Appel à la constitution d’un Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance n’avait été possible, jamais il n’aurait
obtenu autant d’écho, autant de signatures. Jamais les perspectives de faire converger toutes les gauches antiproductivistes et les écologistes antilibéraux n’auront été aussi fortes qu’aujourd’hui… Nous lançons pour cela un double appel : un appel au Front de gauche pour qu’il entende le désir de millions de citoyens de faire une autre politique autrement. Non, la richesse du Front de gauche n’est pas de rester un cartel d’organisations. Ce n’est qu’à cette condition que le Front de gauche pourra accueillir demain nos camarades du NPA et ceux d’Europe-Écologie-les-
Verts… et tant d’autres. Il y a encore au Front de gauche des responsables, des candidats qui ne veulent surtout pas entendre parler d’antiproductivisme, d’objection de croissance, de Bien-vivre, il y a au NPA et chez EELV des militants acquis à ces combats. Mélenchon a été le nom de ce projet d’une nouvelle gauche encore en gestation. Le Front de gauche doit ouvrir toutes grandes portes et fenêtres pour devenir ENFIN le front de gauche écologiste dans lequel les antiproductivistes, les Objecteurs de croissance se sentiront à l’aise pour convaincre et expérimenter. Le Sarkophage ne sera jamais un compagnon de pédalo de François Hollande. Le Sarkophage ne reprendra jamais l’hymne à la croissance du Parti socialiste. Ce parti qui n’est plus « socialiste » que de nom, ce parti qui n’est plus de « gauche » que par son histoire, nous ne lui faisons nullement confiance… Nous soutiendrons cependant toujours en son sein ceux qui pensent qu’il est possible d’y défendre des positions de gauche, des positions antiproductivistes… La feuille  de route du nouveau Sarkophage pour les cinq ans à venir est claire : continuer à être le journal des gauches antiproductivistes, continuer à être le journal des Objecteurs de croissance des gauches et amoureux du Bien-vivre. Nous avons pour cela besoin de vous, de votre soutien, de vos abonnements. Nous avons plusieurs grands projets
comme le Forum mondial de la pauvreté avec Emmaüs-Lescar-Pau les 24, 25, 26 juillet, le deuxième Forum national de la désobéissance coorganisé avec la ville de Grigny fin septembre, plusieurs initiatives autour de la question des
cultures populaires, le socialisme municipal, le mouvement coopératif…
Nous avons remporté une demi-victoire idéologique en permettant que nos thèmes aient désormais droit de cité, qu’ils soient enfin pris au sérieux…
Amis lecteurs, soyez certains d’une chose : le combat continue ! Le Sarkophage continue ! On ne veut pas seulement changer de président. On veut TOUT CHANGER : les modes de production et les modes de vie, notre rapport au temps, à la nature, aux autres, à la mort, à l’amour, à soi-même. Hasta la victoria, siempre !

Paul Ariès