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Soral choisit un empire contre un autre


Soral choisit un empire contre un autre

Paul Ariès

Version complète d’un texte paru tronqué en mars 2011 dans le mensuel La décroissance

 Nous connaissons tous un(e) OC sensible aux thèses d’Alain Soral.
 Le site de son mouvement « Egalité et réconciliation » reproduit même le dossier sur la décroissance de la NEF (cathos…très à droite) de Jacques de Guillebon, lequel débat aussi sur le site de l’Action Française (pas des plus à gauche non plus). Alors Soral et ses sbires seraient ils des compagnons de route de la décroissance ? Raison suffisante pour plonger dans son dernier ouvrage fortement médiatisé. Disons le tout de suite : Soral est un adversaire politique et d’abord pas pour des raisons écologiques, les OC sont qualifiés aussi pour parler d’autre chose.

Une extrême droite camouflée

Soral voudrait se faire passer pour un homme de gauche mais il déclarait en mai 2007 : « Si Sarkozy applique le programme du Front national, j’irai lui baisser les pieds »…D’ailleurs, pour lui, Le Pen est un « anarchiste de droite » (sic). Toujours en 2007, il exposait que l’espace politique qui se libère est à gauche….ajoutant : « j’en ai parlé avec le Président Le Pen, on est d’accord sur tout ». Soral se veut donc désormais chef d’un mouvement politique dont la devise est « gauche du travail et droite des valeurs»….Le Pen disait lui aussi en avril 2002 « Socialement je suis de gauche, économiquement de droite et, nationalement, je suis de France. » Il ne s’agit pas seulement de ratisser large comme tout bon démagogue mais de reprendre cette vieille posture qui fut toujours celle d’une certaine extrême droite : on pourrait être à la fois de gauche et de droite, car cette opposition se dissoudrait dans l’Idée nationale.

Anti-arabes ou anti-juifs ?

  Face à Marine Le Pen qui n’a de cesse de dénoncer le péril islamiste et « l’occupation de nos rues » (sic), Soral, lui, voit le complot sioniste derrière tous les problèmes…ce qui le conduit à afficher sa sympathie pour les groupes islamistes. Soral choisit donc contrairement à une autre partie de l’extrême droite (celle de Dantec par exemple) ce qu’il nomme le « progressisme » c'est-à-dire l’assimilation des maghrébins via l’émergence d’une élite dans leurs rangs face à ce qu’il nomme « l’atlantisme » (alliance avec les Etats-Unis et Israël). Soral distingue deux types de jeunes musulmans : « Ceux élevés dans un patriarcat ayant échappé à la féminisation 68, à la fois issus de la gauche du travail (…) mais pratiquant la droite des valeurs (retour à la tradition contre les sirènes du matérialisme moderniste) » et les autres : « voyous apatrides », ennemis de la France. Un troisième groupe d’extrême droite, celui des identitaires, mise, lui, sur les peuples d’Europe. Dans une lettre aux Identitaires, Soral écrivait : « l’invasion du monde occidental par les musulmans est une fiction créée par ceux-là même qui sont en train de les recoloniser ». Ce à quoi les identitaires lui rétorquaient : « que cette colonisation ne se limite pas aux seuls musulmans est une certitude. Que cette colonisation ait été suscitée et encouragée activement par les agents d’influence juifs et américains est une évidence… ». Soral concluait finalement cet échange fraternel : « Personne, pas même le FN, n’a aujourd’hui de solution sérieuse à proposer pour contrer cette mutation irréversible qui touche à la composition organique même du peuple de France. Nous devons donc assimiler ces maghrébins, que cela nous plaise ou non et je pense que la meilleure solution (….) c’est qu’une élite émerge de cette communauté, qu’elle accède enfin à la classe moyenne, pour que cesse la haine de l’autre et la haine de soi qui pourrit depuis trop longtemps la vie des quartiers (…) J’ai choisi le mien (mon camp) qui est celui du progressisme. Dantec a choisi le sien ouvertement du côté de la réaction, libre à vous de rester dans l’esthétique »…Front national, Identitaires, nationaux révolutionnaires, nationaux bolcheviques, Soral…une même famille divisée par des choix tactiques. Leur grand clivage est tout simplement de savoir qui est l’ennemi principal : le juif ou l’islam ?

La banque juive

  La banque serait au pouvoir mais pas n’importe laquelle, la banque juive : la RF c’est Robespierre qui tue le Roi, puis la banque qui tue Robespierre... Nous en serions toujours là, nous dit Soral, mais il faudrait distinguer le principe bancaire protestant « de forme plus ascétique et entrepreneurial » et le principe bancaire juif « plus difficilement nommable et plus spéculatif.. » (p. 45). Il y aurait de la même façon deux Amériques. Celle « idéale des cow-boys et des westerns de John Ford, financés cyniquement par Hollywood et la Banque ». L’autre Amérique serait « celle de la continuation du processus impérial (…) appuyé cette fois sur le message sanguinaire et méprisant de l’Ancien Testament du Deutéronome. » (p. 62). Seul espoir donc dans cette Amérique : Des hommes comme Henry Ford et son ouvrage « le Juif international » (in la décroissance). Voila pour le monde occidental. Le communisme aurait été aussi, selon Soral, une authentique idéologie judéo-chrétienne, mais précise t-il « juive par en haut pour la volonté de domination, chrétienne en bas pour l’espoir de partage ». Seul le fascisme aurait été, lui, une tentative de « la bourgeoisie entrepreneuriale nationale, un pied dans le travail, l’autre dans l’exploitation » (p. 86) de « résister à la domination de la bourgeoisie financière internationale » (p. 86). L’opposition droite/gauche qui légitimerait le combat « classe contre classe » serait donc, selon Soral, le véritable ennemi, car il masquerait le bon combat. Ce bon combat opposerait la défense d’un Empire sacre contre l’empire profane. Deux événements historiques auraient précipité cette évolution : Tout d’abord la nuit du 4 août qui aurait aboli les anciens ordres donc la sacralité du monde ; ensuite l’affaire Dreyfus, « victoire des médias et de l’argent sur l’armée ». Comme le dit de façon ignoble Soral, « il fallait que Dreyfus soit innocent pour qu’il y ait « affaire » (…) une petite affaire d’espionnage transformée en symbole, où le fort –le tandem argent-média - se fait passer pour le faible – l’aristocratie catholique réfugiée dans l’armée française-. » (p. 165). Soral reprend les deux grands antiennes de l’extrême-droite française : la dénonciation du complot maçonnique et un antisémitisme (qui ne dit pas son nom…). Le principal corps qui menacerait la France serait « une oligarchie d’à peine 1 % de la population (qui) a toujours commandé à la masse des 99 % restant ; comme une meute de loups dominant un troupeau de moutons » (p. 102)….Franc maçonnerie et judaïsme seraient responsables des grands maux de ce temps dont la lutte des classes, le féminisme, la laïcité, les droits de l’homme, l’antiracisme, etc.

Soral en défenseur de l'empire

  Soral se résume finalement facilement : « le luttisme de classe ne pourrait être contré que par la solidarité nationale, en remplacement de l’ordre divin » (p. 119), « la classe ouvrière serait l’incarnation du mensonge et de la trahison bourgeoise » (p. 119), la révolution socialiste au 20e siècle aurait été l’œuvre de juifs… « Agitateurs cosmopolites » (sic). Il faudrait donc miser sur le « peuple » mais un peuple dans lequel les classes moyennes, constituées de commerçants, artisans, petits patrons domineraient et qui feraient « la jonction entre Travail et Capital, puisqu’ils sont à la fois petits capitalistes et travailleurs à risque » (p. 136). Cette définition des classes moyennes comme un « entre deux » fut, selon Soral, (et avec raison) le fonds de commerce du fascisme et du nazisme…dommage qu’il oublie de préciser la responsabilité des trusts économiques et financiers. Continuons à lire Soral : De Gaule aurait pactisé par deux fois avec l’empire (sic). En 1958, en achevant de liquider l’Empire français dans l’affaire algérienne (parler de liquidation et non de décolonisation n’est pas neutre) et « en 1940, en rejoignant le camp des alliés contre Pétain » (sic). Fallait-il donc choisir Pétain plutôt que le Front populaire et préférer Hitler au juif Blum ? La vraie révolution aurait donc été trahie par les communistes et les trotskystes : « une flopée de sociaux traîtres dont énumérer les noms évoquerait immédiatement le liste de Schindler » (p. 134). Les vrais « résistants » au système se recruteraient donc dans l’ultra-gauche et la Troisième voie (on qualifie ainsi un courant d’extrême droite qui se veut « ni de gauche ni de droite »). A lire seulement le titre de l’ouvrage de Soral « Comprendre l’Empire » (Editions Blanche), on pourrait croire que son propos est celui de l’altermondialisme, qu’il combat l’oligarchie au nom de la diversité et de la démocratie. Ce n’est en fait qu’un masque. L’enjeu serait de reconstituer un Empire sacré contre l’empire profane (celui de l’argent, celui aussi des médias). On pourrait s’appuyer pour ce combat sur des principes que l’on retrouve, selon Soral, aussi bien chez Charles Maurras, Julius Evola (qui se qualifiait lui même de « surfasciste », que chez Himmler, le chef des SS c'est-à-dire de cet Ordre noir occultiste en vogue… Soral ajoute que l’affirmation de l’existence des races, l’affirmation de l’inégalité des sexes, le révisionnisme historique notamment celui de la Shoah seraient : « la réaction d’insoumission des esprits encore libres et en bonne santé face à cette idéologie totalitaire du mensonge et de l’absurdité » (p. 205). Il termine en précisant que l’écologie serait le « nouveau fer de lance » de l’oligarchie mondialiste (entendez juive). Le meilleur représentant de ce mensonge serait bien sûr DCB (un autre juif) chargé de faire « gober aux peuples d’Occident la thèse du réchauffement climatique. Un bricolage mensonger, établissant un lien causal entre un supposé dangereux réchauffement planétaire, l’émission de CO2 et la production industrielle… » (p. 207). L’écologie remplirait la même fonction que jadis l’antiracisme. L’arbre aurait remplacé, dit-il, l’arabe dans le cœur versatile des bobos…CQFD.
  Je le dis à mes amis OC. Faisons attention à la façon dont cette peste contamine la pensée. Réfléchissons à deux fois avant de dire gauche et droite, socialisme et capitalisme, c’est pareil, même si ces deux systèmes ont bousillé la planète. Réfléchissons à deux fois avant de monter à la défense des « classes moyennes » entendues comme cette fusion possible du Capital et du Travail dans la Nation. Réfléchissons à deux fois à la façon dont nous parlons de la « banque » et des « médias ». Il y a une grammaire de l’extrême qui pollue toute pensée qui s’y frotte. Face à la droitisation de la société et à la montée des extrême droite partout en Europe, j’aimerai voir plus souvent les OC au cœur de ce combat. La décroissance a été présente au sein du mouvement contre la réforme des retraites. Je fais le vœu qu’elle soit aussi présente dans le combat contre l’extrême-droite. Lyon a connu plusieurs manifs ces derniers mois, suite aux très graves agressions dont ont été victimes des militants qui ont du être hospitalisés (site : lesvoraces.org). Lyon a connu aussi le 23 février un rassemblement unitaire contre la présence d’un local faisant de la propagande fasciste et nazie. Des dizaines d’organisations politiques et syndicales étaient présentes. Nous étions bien peu d’OC... Ce combat est pourtant aussi notre combat.